Ligue 1 - Pourquoi Ancelotti tient à partir…

Les sirènes du Real Madrid n’expliquent pas à elles seules la détermination de Carlo Ancelotti à quitter le PSG. Les raisons de politique interne ont été majoritaires.

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La rumeur était bien fondée. L’histoire d’amour entre le Paris-SG et Carlo Ancelotti touche à sa fin. Près d’un million de téléspectateurs ont trépigné devant leur télé dimanche. Un an et demi après l’officialisation de leur relation, le divorce semble imminent entre Paris et Carlo. Et pas par consentement mutuel. Devant ses cadres, Ancelotti déroule : "On doit décider ensemble, avec le club, parce que ma volonté est de quitter le club." Mais il prévient : "Je n'explique pas et peut-être que je n'expliquerai jamais les raisons pour lesquelles je quitte le club." Carlo parle au pluriel.  Il y a plusieurs raisons. Les voici en version sous-titrée. Vexé par ses dirigeants C’est le principal souvenir à l’origine de la décision du coach parisien : Carlo Ancelotti n’a jamais digéré d’avoir été menacé par ses dirigeants. Nous sommes en décembre et le Paris-SG vient de se faire voler dans les plumes par les Aiglons niçois (1-2). Les Parisiens, déjà éliminés de la Coupe de la Ligue par Saint-Etienne, occupent alors la quatrième place de Ligue 1, à cinq longueurs d’un OM euphorique. Ancelotti est sous pression. Les Qatariens n’avaient déjà pas apprécié de se faire buzzer par Montpellier, un an plus tôt, pour le titre de champion. Et ils l’ont fait savoir à leur entraîneur. Carlo Ancelotti joue sa tête en Ligue des champions contre le FC Porto, ancien club de José Mourinho dont le nom est murmuré au Parc. Défait au Portugal (0-1), le PSG bétonne au retour (2-1). Paris est lancé et construit une saison qui sera finalement réussie.

Quand il soulève l’Hexagoal le 13 mai, Ancelotti  a déjà décidé de plier les gaules. Pas pour une question d’argent. L’ancien technicien de Milan n’a pas apprécié le changement d’attitude de ses patrons à son égard. En plus d’avoir été mis en danger, il a été mis à l’écart de certaines décisions. Il voulait par exemple un latéral droit mais van der Wiel n’était pas son choix. Le président Al-Khelaïfi a quand même bouclé le dossier avec son directeur sportif, Leonardo. Les rapports de Carlo Ancelotti avec Leonardo - qu’il connait depuis une dizaine d’années – ne sont pas mauvais. Mais ceux avec les propriétaires qatariens, presque inexistants. Une distance qu’il perçoit  comme de l’indifférence. Le champion d’Italie, d’Angleterre et maintenant de France, le vainqueur de la Ligue des champions 2003 et 2007 (entre autres) n’est pas habitué à ça.

Déçu par ses joueurs

"Il restera s’il nous aime." Ainsi Christophe Jallet commentait-il, il y a quelques jours encore, la rumeur du départ  de son coach. Ancelotti ne les aimerait donc pas ? Il n’a en tout cas pas apprécié certaines de leurs attitudes, c’est un fait incontestable. Ancelotti a parfois qualifié son groupe de"suffisant" comme contre Reims (0-1). "Un grand club doit apprendre à gagner ce genre de matches, face à des équipes moins cotées", lâcha-t-il. Il a encore bu la tasse contre Evian, en Coupe de France, peut-être le match de trop.

Mais la douleur est ailleurs. Plus profonde. Le soir du 11 mai, sur la pelouse de Gerland, Carlo Ancelotti est au bord des larmes. Le PSG vient de manger Lyon et de casser un jeûne de dix-neuf ans. Lui et son staff se sont réunis, comme pour communier ce titre avec Nick Broad, le nutritionniste du Paris-SG, décédé dans un accident de la route alors qu’il revenait du domicile de Mamadou Sakho en janvier. "C’est normal de penser à lui mais je ne veux rien dire de plus", lâche l’ancien technicien de Cheslea.

Même s’il a défendu le contraire publiquement, Carlo Ancelotti en a gros sur le cœur. Le jour des obsèques de Broad, de nombreux footballeurs étaient là. Beaucoup d’anciens et d’actuels des Blues, avec qui Nick Broad avait travaillé avant de s’engager au PSG. Certains sont venus de loin pour lui dire adieu. Mais seuls trois membres de l’effectif parisien se sont déplacés à Londres : Papus Camara, Ronan Le Crom et Alphonse Areola. Le club avait pourtant mis un vol à leur disposition. Après avoir confirmé leur présence, la plupart d’entre eux ne se sont pas présenté sur le tarmac. Une esquive que leur coach a très mal vécue.

Ancelotti a aussi pu être fatigué de gouverner une équipe en mutation et scindée entre Français et étrangers. Les arrivées massives ont chamboulé les habitudes des plus anciens. Les Qatariens ont surtout misé sur les étrangers. A l’été 2012, Ancelotti annonce: "Le capitaine sera français."L’entraineur hésite entre Jallet, Sissoko, Sakho et Ménez. Moins d’une semaine plus tard, Thiago Silva signe avec les Franciliens et aujourd’hui, c’est lui qui porte le brassard. Peu de Français peuvent, de toute façon, prétendre à une place de titulaire dans le onze parisien. Avec les départs d’Erding, Hoarau, Luyindula ou Bodmer ils sont même en minorité. Mais ils tentent de résister… Face à Nice, pour son seul but en L1 de la saison, Clément Chantôme se précipite vers le banc où l’attendent Sylvain Armand et Nicolas Douchez.  Jallet n’est pas loin. Le passeur décisif, Zlatan Ibrahimovic, a droit à un pouce levé, en pleine course.

 Avant chaque rencontre, ces joueurs (français) se réunissent pour sceller un pacte : que le rescapé qui sera sur le terrain n’oublie les copains en cas de but marqué. Un détail… qui n’a pas échappé à Zlatan, un peu contrarié de n’avoir eu droit qu’à un doigt. Ancelotti en a vu d’autres mais il espérait autre chose. Il assiste à la déchirure de son groupe après avoir enduré celle de la perte d’un de ses plus proches collaborateurs.

Mal intégré au football français

La pression médiatique, Carlo connait. Il maitrise, même. Roma, AC Milan, Chelsea, Juventus… L’ancien milieu de terrain devenu entraîneur a appris à vivre avec depuis maintenant un bon moment. En signant au Paris-SG, il s’est mis une bonne partie de la France à dos. Les millions qatariens ont éveillé autant d’envieux que de jaloux. Les techniciens étrangers, notamment, n’ont pas jamais vraiment eu la cote en L1. Leur syndicat français, l’UNECATEF, maintient ce corporatisme. Ricardo ou Paulo Duarte s’en souviennent encore… En décembre 2011, l’UNECATEF s’est "indignée'' du limogeage d’Antoine Kombouaré. Les médias soulignent le mauvais timing de cette substitution.

Ancelotti hérite d’un PSG leader mais c’est Montpellier qui jouera le héros.  René Girard sera (logiquement) considéré comme le meilleur entraîneur de la saison par ses confrères qui nomment aussi Rudi Garcia, Olivier Pantaloni et… Kombouaré. Un hommage légitime au boulot d’AK et une provocation qu’Ancelotti aura parfaitement captée.

Cette saison, il partage son trophée UNFP avec le Stéphanois Christophe Galtier. La tête à "l’an vert", il ironise derrière le pupitre : "Je ne sais pas si j'ai mérité de gagner le titre ou si je ne suis là que pour ne répondre aux questions me concernant." Une fois la cérémonie terminée, l’entraîneur de 53 ans décampe. Comme s’il était pressé de partir… Comme s’il sentait qu’il n’était pas vraiment accepté. Pas à sa place, Ancelotti a accepté la situation et décidé de la laisser vacante.

Source : Yahoo sport.fr

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